Dès que je fus habillée, nous sortîmes. Je lui demandai où nous allions; elle me répondit:

—Chez Nadar. Quand ma pauvre mère se promenait encore, j'avais regardé souvent avec envie la devanture de ce palais, où travaille le célèbre photographe. Je me souvenais du désir que vous aviez de posséder mon portrait. Mais nous étions si pauvres!

Quoique je n'eusse manifesté aucune surprise, la métayère me dit en forme d'explication:

—C'est la maman à M. Thibaut qui veut comme ça qu'on lui envoie par la poste la frimousse de sa future belle-fille. Ma main a tremblé, Lucien, en traçant ce dernier mot.

La fermière l'avait prononcé avec un bon gros rire.

Je posai en souriant, car je pensais à vous. Le premier cliché réussit. Ce fut la fermière qui passa au bureau, et je n'entendis pas l'adresse qu'elle donna pour qu'on y envoyât les épreuves.

Je n'ai plus jamais entendu parler de cela.

En sortant de chez Nadar, nous prîmes une voiture sur le boulevard, et la métayère en ferma les stores, toujours par précaution, après avoir parlé bas au cocher.

Nous partîmes aussitôt et nous sortîmes de Paris. La voiture roula plusieurs heures sans s'arrêter. Nous dînâmes dans un village. Quand la fermière se fut «mis sa bouteille dans le coffre», comme elle disait, elle redevint aussi gaie que la veille et me dit:

—Tout ça finira joliment bien, vous verrez, mais M. Thibaut a des mesures à prendre. On agit dans votre intérêt. Dormez tranquille.