Et en effet, aussitôt remontée en voiture, je me sentis prise d'un assoupissement irrésistible. J'avais mangé très peu pourtant, et c'est à peine si le vin trempé d'eau de mon verre avait touché mes lèvres.
Je dormis jusqu'à la nuit tombée, où il me sembla que nous entrions dans une ville. Je voyais vaguement beaucoup de lumières et j'entendais les roues sonner sur le pavé.
À en juger par le temps qu'avait duré notre voyage, nous devions être déjà bien éloignées de Paris. Je songeai à Rouen, qui est sur la route de chez nous....
Je ne m'éveillai véritablement qu'après être sortie de la voiture.
On m'avait portée dans une allée qui n'était pas large. Je voyais beaucoup de clarté derrière moi: dans la rue, sans doute.
Le trouble de mes sens était si complet que ce moment m'a laissé de très vagues souvenirs.
Un homme, qui n'était pas le cocher, aida la fermière à me faire monter un escalier ciré et éclairé comme ceux de Paris.
Une porte était toute ouverte au haut de l'escalier. Nous entrâmes, la métayère, l'homme et moi.
L'homme disparut à l'intérieur de la maison. Dans mes souvenirs, il est vêtu d'une robe de chambre à ramages et porte des lunettes. Je ne l'ai plus revu.
Je fus tout de suite introduite par la métayère dans ma chambre actuelle, que je n'ai point quittée depuis lors.