Les débris de mon pain à thé avaient bien un peu amusé ma fringale, mais pour un instant seulement, et mon estomac recommençait à crier détresse. Je n'avais plus que le temps si je voulais trouver un restaurant ouvert.

Je repoussai donc brusquement mon dossier, car si j'avais eu le malheur de jeter les yeux sur le numéro suivant, j'étais perdu.

Je sentais cela.

Pour une raison ou pour une autre, la lecture de ces pièces excitait en moi une curiosité si vive et si pleine d'émotions, que je fus obligé de faire un véritable effort pour les emprisonner dans un tiroir dont je fermai la serrure à double tour.

L'appel timide et si fréquent, fait dans ces pages à une amitié d'enfance trop oubliée, m'avait plus d'une fois touché jusqu'à l'angoisse.

Mais à côté de cette impression virile où, Dieu merci, l'élément cordial dominait et dont la vivacité croissante consolait mes scrupules, il y avait la pure, la simple envie de savoir.

L'énigme était posée devant moi dans des conditions imprévues. Elle me provoquait hautement, brutalement.

Une préoccupation me prenait d'assaut. Un besoin qui n'existait pas hier forçait l'entrée de ma vie et y conquérait une place.

Une place considérable, peut-être énorme.

Je ne m'étais pas interrogé encore sur la question du temps que j'avais à donner, ni de la brèche que je pouvais faire à mes travaux professionnels, mais je sentais d'avance que ce devoir nouveau se plaçait lui-même et d'autorité en première ligne.