—Je suis tout cela! m'écriai-je en moi-même, ou du moins, tout cela, je veux l'être, et je le serai!
Ainsi, songeais-je en descendant l'escalier de mon entresol.
Et en même temps tous les épisodes de mon étrange lecture passaient tumultueusement devant mes yeux.
Albert de Rochecotte avait été mon plus intime camarade. Au collège, assurément, j'étais bien plus lié avec lui qu'avec Lucien.
Je le revis jeune homme avec sa mine éveillée et si franche, sa petite moustache effrontée, son rire communicatif et les grosses boucles blondes qui dansaient sous sa casquette d'étudiant.
Je n'avais pas ignoré sa mort prématurée, ni ce fait qu'il avait été assassiné par sa maîtresse, mais je l'avais appris en Turquie, par une lettre de ma mère. On comprend que les détails manquaient.
Derrière la gaieté de Rochecotte, je revoyais aussi ce jeune, ce délicieux sourire de fillette: «la photographie».
Rochecotte n'avait pas connu Jeanne Péry. Ses lettres l'affirmaient. Pourquoi ma pensée associait-elle d'une façon confuse Jeanne Péry et Rochecotte?
Et cette femme si belle, si triste qui m'était apparue pendant le sommeil de Lucien, chez ce charlatan imbécile, le Dr Chapart?...
Mais tout s'effaçait pour moi devant le personnage dominant de cette comédie bourgeoise dont je n'avais vu représenter encore que les premières scènes: M. Louaisot de Méricourt.