Je saluai. Il poursuivit:
—Règle générale et de conduite: je reste sur le sentier battu, bras-dessus bras-dessous avec ma conscience. Ne me cherchez jamais dans les broussailles. Nous causons, pas vrai? J'ai déjà eu l'avantage de vous dire que j'aurais pu jeter au feu tous ces papiers-là aussi facilement que j'avale la dernière cuillerée de ma bavaroise. Pas si bête! j'ajoute maintenant qu'ayant lu tout ce tohu-bohu depuis la première ligne jusqu'à la dernière—la profession le veut,—je savais parfaitement que le pauvre garçon vous appelait comme le Messie; j'aurais donc pu, au choix, vous cacher son adresse que vous n'aviez su découvrir nulle part, ou vous envoyer à Chaillot.... Est-ce vrai?
—C'est très vrai.
—Pourquoi faire? moi! gêner les clients! Allons donc! Vous me prenez pour un autre! J'ai été enchanté de nouer des relations avec vous. Et je vous dis du meilleur de mon cœur: donnez-vous la peine d'entrer dans l'embrouillamini, M. Geoffroy de Rœux, il y a place pour tout le monde. Vous êtes le bien venu. On vous attendait. Je vous ouvre les deux battants de la porte.
Il reprit haleine pour achever:
—Cher Monsieur, voilà comme je suis. Vous savez mon mot: ça nourrit l'affaire!
Tout en parlant, il avait trouvé moyen de dépêcher superbement sa pâtée, dont il ne restait plus trace au fond du bol.
Et il souriait, et il clignait tour à tour des deux yeux, et il tapait des petits coups triomphants sur ses lunettes d'or au travers desquelles ses yeux jaillissaient en gerbes d'étincelles. En vérité, cet homme-là ne pouvait être un gredin à la douzaine. Il grandissait l'intrigue.
Il attirait le regard vers le côté fantastique—le côté doré du drame.
Dans les nuages, en effet, tout au fond du mystère, j'avais déjà deviné la fatale influence de l'or qui est partout où il y a du sang. Et je me rappelais la phrase que M. Louaisot lui-même avait laissé échapper en parlant à Lucien: «Vous êtes peut-être millionnaire sans le savoir...» M. Louaisot, comme s'il eût deviné ma pensée, reprit la parole en ces termes: