—Mon cher Monsieur, il y a de l'argent, un argent énorme! Je ne vais pas vous mettre les points sur les i comme çà du premier coup, ni vous verser dans le creux de la main le fond de ma boutique, mais s'il n'y avait pas d'argent, est-ce que je serais là-dedans?

Vous me demanderez peut-être: où est-il, l'argent?

Ça, c'est de l'enfantillage, du moment que vous ne dites pas: «Je donne tant pour la consultation.»

L'argent est où il est, en dessus ou en dessous. Dans vos papiers, vous allez entendre parler de tontine, d'héritage, tout ça est vrai,—mais tout ça ne signifie rien.

L'argent se pioche, Milord, on ne le cueille pas comme les roses.

Ils m'amusent, ma parole! Et, tout en me laissant amuser, j'ai déjà pêché quelques bagatelles agréables. J'ai des appointements fixes. Payés par qui? Voilà. L'or qu'on attaque a bien le droit de se défendre. Les assiégeants financent aussi. C'est la guerre à coups de pourboire.

Mme la marquise a toujours la main au porte-monnaie. Quelle femme, instruite, artiste, jolie, elle a tout pour elle....

Ici, M. Louaisot se baisa le bout des doigts pour ponctuer sa phrase, et ses lunettes s'allumèrent.

—Et riche! poursuivit-il. Mais il faut me comprendre, cher Monsieur, la fortune que peut avoir celui-ci ou celle-là, ce n'est pas l'argent de l'affaire. L'affaire a son argent à elle comme chaque arbre a son fruit. La brave Mme Thibaut qui suppute l'avoir de chacun par livres, sous et deniers évalue, je crois, la belle Olympe à 80.000 francs de rentes. C'est aimable, mais il n'y a pas là de quoi donner des cabriolets à ses pages. Nous avons mieux.

J'ai eu aussi quelques émoluments de ce pauvre M. Thibaut; j'en ai pu recevoir même de la gentille photographie, indirectement. Ne dédaignons rien. Il n'y a pas jusqu'à vous, mon gentilhomme, qui ne m'ayez apporté en hommages six beaux écus de cinq francs, sans compter le picotin de ma mule.