Et, soyez tranquille, entre nous deux ce n'est pas fini: vous m'en apporterez bien d'autres!

Il s'arrêta parce qu'il avait vu la fin de la corbeille de gâteaux qu'on avait mise sur la table avec sa bavaroise.

—Garçon, commanda-t-il, ma paillasse!

—Mais pourquoi vous payerais-je un nouveau tribut? demandai-je.

—Pour savoir, cher Monsieur, me répondit-il.

Le garçon lui apporta «sa paillasse» qui consistait en un grand verre, à demi plein de curaçao tout versé et une carafe de thé froid.

—Pour savoir quoi? demandai-je encore.

—Il y en a qui ajoutent un peu d'extrait de menthe, dit-il, au lieu de me répondre, c'est la vraie mixture américaine: la menthe remplace le thé. Les membres de la Société Républicaine Nord et Sud contre l'usage des Spiritueux n'ont pas d'autre tisane, mais moi, comme je ne suis pas compagnon de la Tempérance, j'ai le droit de boire quelques gouttes d'eau de temps en temps.... Pour savoir quoi? disiez-vous. Parbleu, ceci ou ça: ce que vous aurez besoin d'apprendre. J'aurais écrit sur mon enseigne: résolveur de problèmes, si le mot était français. Conscience, mon cher Monsieur, minutie dans les détails, possibilité de répondre à toute question quelconque, tel est le prospectus d'une profession dans laquelle le résultat à atteindre, c'est d'acquérir un fil comparable à celui du meilleur rasoir anglais, sans jamais perdre la candeur du lys de la vallée.

Voici comme je m'exprimais l'autre soir en m'adressant à un fin finaud, obtus comme ma pantoufle qui laissait percer une velléité de se moquer de moi. C'était dans son intérêt, je lui disais:

—N'essayez jamais de m'englober, bonhomme, c'est au-dessus de vos moyens! Tempérament robuste, caractère gaillard, mouvements alertes, bon pied, bon œil, avancé, il est vrai, et même libéral en politique, mais sachant respecter le sergent de ville dans l'exercice de son sacerdoce, je suis l'image du Théâtre-Français, chantant ce beau vers, pour gagner sa subvention: