Là, je fus reçu par Louette, la femme de chambre qui me connaissait de longue date, car elle servait déjà Mme la marquise à l'époque où celle-ci était encore Mlle Barnod et demeurait avec sa mère.
Après la mort de Mme Barnod. Louette avait suivi Olympe dans la maison de son tuteur. Celui-là, je ne le connaissais pas. Je savais seulement qu'il demeurait aux environs de Dieppe, non loin du château de Chambray,—et qu'il avait contribué au mariage d'Olympe, ainsi que le président Ferrand, également membre du conseil de famille.
Un hasard m'a mis à même d'apprendre, il y a quelques jours à peine, que le tuteur d'Olympe était notaire à Méricourt et s'appelait Louaisot. Était-ce mon Louaisot de Paris? Il devait être bien jeune en ce temps-là.
Je suppose que c'était son père.
Louette écarta d'autorité le valet de chambre qui voulait se mêler de moi et s'écria joyeusement:
—On vous croyait mort, M. Lucien! Les uns descendent, les autres montent. Me voilà une vieille femme, moi. Vous et Mme la marquise, vous vous êtes épanouis comme des roses, ma parole! Savez-vous que voilà bien des années que c'est passé toutes ces choses-là?
Je pense qu'elle entendait, par «ces choses-là» les visites que je rendais autrefois à Olympe jeune fille. Elle m'avait toujours encouragé de son mieux, cette bonne Louette, et j'aurais été un ingrat si je ne me fusse souvenu de l'excellent visage qu'elle ne manquait jamais de me faire au temps dont je parle.
—C'est déjà bien loin de nous, en effet, Louette, répondis-je.
Et j'allais enfin demander si Mme la marquise était visible, quand mon ancienne protectrice m'interrompit impétueusement.
—Pas déjà si loin, dites donc! s'écria-t-elle. Et il ne faut pas avoir l'air de le regretter. Le temps fait du mal et du bien, c'est sûr. Qu'étiez-vous? Un marmouset dont on n'aurait su que faire. Et à présent vous voilà un amour d'homme, grave, soigné, un homme dans tout son beau, quoi!