Jeanne, dans sa misère, restait pourtant victorieuse. Elle était au-dessus de cette femme, elle allait l'opprimer.
L'opprimer, tu entends bien, cette femme noble, heureuse, puissante, elle, ma pauvre petite Jeanne, du fond de son trou usurpé,—et l'opprimer terriblement jusqu'à arracher des pleurs de sang à ces grands yeux où brillait maintenant le calme sourire des reines!
Olympe se leva quand elle m'aperçut sur le seuil, et fit un mouvement comme pour tendre ses deux bras vers moi.
Je ne sais pourquoi, je cessai aussitôt de marcher.
Peut-être que je l'admirais avec sa taille svelte et hardie, avec les masses d'un brun opulent qui encadraient l'ovale exquis de sa joue, et d'où un rayon, glissant à travers le globe dépoli de la lampe tirait des lueurs fauves, discrètes comme les polis d'un bronze. À l'instant où je m'arrêtai, les bras d'Olympe retombèrent, mais elle continua de s'avancer vers moi.
—Il y a bien longtemps que je vous espérais, Lucien, me dit-elle de sa voix grave et douce, je vous remercie d'être enfin venu.
C'était tout simple, et même il ne se pouvait guère qu'elle me dit autre chose. Elle me l'avait écrit plusieurs fois.
Et pourtant je me sentis décontenancé comme si elle m'eût compromis ou qu'elle eût gagné un avantage sur moi. J'aurais voulu parler tout de suite dans le sens de la préoccupation qui avait déterminé ma visite. Les mots ne me vinrent pas.
Je pris la main qu'elle me tendait et je restai muet devant elle.
Ce n'était pas à elle que je pensais. J'étais malheureux jusqu'à l'impuissance. Je me disais: les intérêts de Jeanne sont en mauvaises mains. Je ne réussirai pas. Olympe sourit, me croyant seulement déconcerté. Peut-être y avait-il déjà pourtant de la souffrance dans son sourire. Et de la défiance aussi. Ce fut en me désignant un fauteuil qu'elle ajouta: