—Madame, je ne suis pas venu pour parler de cela.

Elle pâlit. Crois-tu que je me repentis? Non, je fus content d'avoir frappé fort.

Et je ne laissai pas le temps de naître au sourire que sa vaillance rappelait sur ses lèvres.

Je continuai tout de suite.

—Madame, je vous prie de m'écouter. Je suis très malheureux, ce qui me donne le droit d'être très pressant. J'aime Mlle Jeanne Péry, votre cousine....

—Et c'est à moi que vous venez la demander en mariage, Lucien? interrompit-elle d'un ton douloureux qu'elle essayait de rendre sarcastique.

Je ne répondis pas immédiatement.

Cette question me frappait, et c'est la preuve de l'étrange sang-froid dont je te parlais tout à l'heure: je voulais voir quel avantage on en pouvait tirer dans ma situation. J'ai beau être faible de caractère et sans doute aussi d'esprit, l'habitude d'instruire les affaires et d'interroger méthodiquement m'a rompu aux feintes de la parole; sans l'avoir étudiée, je connais l'escrime du langage. Je répliquai après un court silence:

—Ce n'est pas tout à fait cela, Madame, ou du moins je ne m'étais pas dit, en entrant ici, que je vous demanderais la main de votre cousine, mais, en définitive, cette marche me paraît régulière et je vous remercie de me l'avoir indiquée.

—Ne me remerciez pas, Lucien, prononça-t-elle tout bas. Vous ne pouviez vous adresser plus mal. Mlle Péry de Marannes est en effet ma cousine, du côté de M. de Chambray; mais je ne la fréquente pas plus que je ne fréquentais son père ni sa mère, et je vous prie de croire que je n'ai aucun droit,—aucun désir non plus, assurément, de me mêler de ses affaires.