Elle fit un geste qui ajouta au dédain exprimé par cette phrase. Le rouge me monta au front, mais je me contins et je poursuivis:

—Mme la marquise, notre entretien s'égarerait dans cette voie. Ce n'est pas à vous que je demande la main de votre cousine, mais c'est sur vous que je compte pour l'obtenir.... Permettez! je ne refuse pas de m'expliquer, et veuillez croire que mon envie est de ne pas m'écarter un seul instant du respect qui vous est dû. Mlle Jeanne Péry se trouve dans une situation....

—Et que m'importe la situation de cette fille! s'écria Olympe avec une violence soudaine. Je la connais mieux que vous, sa situation! je lui ai déjà fait l'aumône! Et c'est pure pitié de ma part si je ménage votre folie en ne vous disant point ce que je sais sur le compte de Mlle Jeanne Péry!

Ses yeux brûlaient d'un feu sombre et ses lèvres blêmes tremblaient.

Moi, j'écoutais encore, quoiqu'elle eût déjà cessé de parler.

En écoutant, j'avais laissé mon regard monter jusqu'au portrait de feu M. le marquis. Il souriait, à ce que je crus.

Ne crains rien, ce n'était pas encore ma folie qui me prenait.

J'écoutais parce que j'étais l'ennemi mortel de cette femme. Que pouvait-elle inventer contre ma Jeanne? J'aurais eu plaisir à voir l'éclat superbe de cette bouche, terni par la calomnie.

Cependant, comme elle se taisait, je repris encore:

—Mme la marquise, il ne me convient pas de vous interroger. Je connais Jeanne comme je connais l'âme qui anime mon propre corps. Ce qui pourrait être allégué contre Jeanne ne me causerait aucun chagrin parce que je n'y croirais pas.