Je comprends bien que ma bonne mère et aussi mes sœurs soient chagrines à cause de moi et s'efforcent de me faire contracter ce qu'elles appellent une union avantageuse. Je voudrais sincèrement leur donner cette joie, mais c'est impossible. En ce monde, il n'y a pour moi, et jamais il n'y aura qu'une femme.

D'autres peuvent être plus brillantes, plus belles, même; d'autres sont aussi riches qu'elle est pauvre. Je ne vois rien de tout cela, je ne vois qu'elle.

Vous souriez, Madame? Après la mort de sa mère.... Oh! ne souriez plus. Quand je prononce le nom de celle-là, je suis tenté de m'agenouiller, car c'était une sainte. Depuis la mort de sa mère, des personnes dont ce n'est pas ici le lieu de juger les intentions, se sont approchées de ma petite Jeanne, soit pour la secourir, soit pour la persécuter. Je ne connais pas, et que m'importe? La situation à laquelle vous faisiez allusion tout à l'heure, mais la situation dont je vous parle, moi, est celle-ci: J'ai pu retirer Jeanne des mains de ses ennemis. Elle est chez moi....

—Chez vous! fit-elle en bondissant sur son siège. Vous avez dit chez vous?

—J'ai dit chez moi, Madame.

—Ici, en ville!

—Ici, en ville, dans ma propre chambre.

—Mais votre mère! mais vos sœurs! Elle ose souiller leur toit....

—Madame, interrompis-je avec un calme surprenant, vous ne pouvez ni me blesser, ni l'insulter. Il est en mon pouvoir de vous réduire au silence comme par magie.

Elle me regarda fixement.