Je ne puis dire tout ce qu'il y avait d'étonnement et de courroux dans ce regard. Je repris:

—Mme la marquise, il n'entre point dans mon dessein de vous menacer sans nécessité. Je serai trop heureux si nous tombons d'accord en restant dans les termes de la bienveillance, ou du moins de la courtoisie. Tout à l'heure, quand vous m'avez interrompu, j'allais vous dire que le pauvre asile de ma Jeanne est respecté par moi à l'égal du plus saint des temples, mais à quoi bon! cela ne vous intéresserait pas.

Revenons à ce qui est surtout notre affaire. Il est utile, Madame, il est indispensable que je vous expose ma situation après vous avoir exposé celle de Jeanne.

Je n'ai pas de courage contre ma mère. Je consentirais à vivre malheureux le restant de mon existence pour écarter de moi la malédiction dont elle m'a menacé. Mais, à part cette malédiction, je suis prêt à tout braver pour conquérir mon bonheur, qui est celui de ma Jeanne.

Vous seule, en ceci, Madame, pouvez venir à mon aide. Et si je suis ici, c'est que j'ai compté sur vous. Elle m'avait écouté sans m'interrompre. Je m'arrêtai de moi-même. Elle se renversa dans son fauteuil en balbutiant:

—Sur moi! vous avez compté sur moi!

Dès longtemps une crainte s'était éveillée en elle. Je la voyais pâlir. Mais cela ne m'inspirait aucune pitié. Je me disais: Voilà que les choses changent bien! c'est à son tour de souffrir.

Et j'étais content. À chaque minute qui s'écoulait, je me sentais plus impitoyable. Mon amour était en moi comme une férocité.

Olympe n'ajouta rien. Ce fut moi qui repris la parole.

J'expliquai en termes nets et modérés l'engouement sans bornes qui entraînait ma mère et mes sœurs vers Mme la marquise de Chambray. Je ne dis point quel était à mes yeux le principal motif de cet entraînement. Je ne voulais plus blesser, je voulais vaincre.