J'appuyai sur la confiance qu'on avait en Mme la marquise, sur le culte à la fois frivole et sérieux dont on l'entourait. On avait fait un rêve féerique, on m'avait vu, moi, Lucien, dans une sorte d'apothéose, aborder le firmament où brillait l'étoile. On m'avait vu fiancé, puis époux.

Mais que fallait-il pour faire évanouir ce rêve?

Un mot, un seul mot de Mme la marquise....

Ici, je m'arrêtai encore. Olympe resta muette.

Elle ne protestait pas. Ma vaillance s'en accrut. Je poursuivis:

—Ce mot, vous le prononcerez, j'en suis sûr, Madame. Vous le devez. Vous devez davantage et je n'ai pas tout dit.

Le fol espoir de ce mariage était le grand obstacle à mon union avec Jeanne. Nous venons de supprimer cet obstacle.

Mais l'espoir mort, l'espoir qui attirait à vous, restent les craintes qui éloignent de Jeanne. On lui reproche sa pauvreté, son isolement, son néant. Vous avez tout ce qu'elle n'a pas, Madame. Vous êtes riche, vous êtes entourée, vous êtes reine dans ce monde qui la dédaigne parce qu'il ne la connaît pas.

Elle est votre parente. Rien ne sera plus simple que de lui prêter votre appui.

Qui donc s'étonnera si vous lui tendez la main, fut-ce un peu tardivement? Il est toujours temps d'accomplir un devoir. Vous prendrez l'orpheline sous votre aile. Vous la présenterez, et de votre main le monde l'acceptera....