Elle avança la main. De son propre mouchoir, elle essuya l'eau glacée qui coulait sur mes tempes.
Cela me redressa comme si une main d'homme m'eût sanglé un soufflet au visage.
—C'est un duel entre vous deux! m'écriai-je, saisi par une exaltation soudaine, un duel à mort entre celle que j'aime et celle que je hais! Vous êtes la plus forte, dix fois, cent fois la plus forte! Vous avez tout ce que prodigue l'enfer: l'or, la beauté, la science de la vie, et le monde imbécile vous grandit encore de son respect. Elle n'a rien, elle est seule, le mépris de ce même monde va l'accabler en face de vous, elle est brisée d'avance! Elle ne saurait se défendre contre vous, puisqu'elle est la faiblesse et que vous êtes la force. Pourquoi donc ne me mettrais-je pas au-devant d'elle pour empêcher un assassinat? Pourquoi ne vous arrêterais-je pas comme un bouclier? Et si ce n'est pas assez, comme une épée?
—Lucien, Lucien! fit-elle on va vous entendre.
Je la repoussai, car elle s'était levée et venait vers moi plutôt étonnée qu'effrayée, et comme on s'approche d'un enfant pour le calmer.
Je venais de tomber dans ce qui ne fait jamais peur: la déclamation.
La rage me mordit: la grande, celle qui est froide.
Rien qu'au son changé de ma voix, je vis Olympe redevenir pâle quand je répliquai:
—Vous avez raison, Madame, il faut parler bas. Si tout le monde était dans le secret, je ne pourrais plus vous le vendre.
—Le vendre! Et c'est vous qui parlez ainsi! murmura-t-elle, cherchant éperdument une arme pour parer ce coup qu'elle voyait suspendu dans mes yeux. Elle crut l'avoir trouvée, car elle ajouta: