(Écrite et signée par la marquise de Chambray.) Yvetot, 1er août 65.

À M. L. Thibaut,

Lucien, je ne sais pas pourquoi j'ai mieux aimé capituler devant cette enfant que devant vous.

Avec elle je n'ai pas eu de peine. Il n'y a rien de sa faute. Sait-elle seulement le mal qu'elle m'a fait?

Et vous, Lucien, et vous, saurez-vous jamais à quel point vous m'avez méconnue?

On n'est pas frappée deux fois ainsi. Du premier coup vous m'avez brisée. Hier encore je vivais par l'ambition, par l'amour, partout ce qui fait vivre, aujourd'hui, je suis morte.

Ambitieuse, ai-je dit? C'est vrai, mais non pas pour moi: ambitieuse pour un autre.

À cet autre j'avais lié en rêve mon avenir. Nous sommes des folles, oui, toutes, même les plus sages. À cet autre j'avais sacrifié ma jeunesse. Pour lui, pour lui seul je m'étais vendue, presque enfant que j'étais, à l'homme respectable que j'ai servi, soigné, aimé comme un père.

Cet autre-là, en effet, je le voulais riche, brillant, heureux, le plus riche, le plus brillant, le plus heureux—tout cela par moi.

On ne doit jamais se vendre. Je suis punie justement. Mais était-ce par vous que je devais être punie?