Lucien, ceci est ma dernière plainte. Ne craignez plus rien de moi, pas même un reproche. Je suis morte—morte. Vous avez brisé tout ce qui était en moi, espoir ou désir. J'ai l'âme broyée, Lucien. Je n'y saurais même plus trouver de haine.
Ne vous défiez pas de mes offres à cette enfant. C'est à vous que je les fais, et c'est de l'obéissance. J'agis selon que vous avez ordonné. Et je n'ai pas de peine à cela. J'abdique mon restant de jeunesse, ma fortune qui m'a coûté si cher, ce qu'on appelle mes succès du monde, je renonce à tout cela, Lucien, en renonçant à ma dernière espérance.
Il n'y avait que cette espérance en moi. Le reste n'est rien, je le donne.
Non pas en apparence comme vous le souhaitiez pour fléchir la résistance de votre chère mère, je le donne en réalité.
C'est elle—je n'ai pas encore pu écrire son nom—c'est elle qui me succédera, non pas après ma mort, mais de mon vivant.
Votre mère l'acceptera, je me charge de cette tâche.
En échange de ce que je vais souffrir, je ne vous demande qu'une seule chose: Lucien, connaissez-moi enfin.
Regardez ce qu'il y avait pour vous dans mon cœur!
Pièce numéro 58
(Écrite et signée par M. Amyntas Pivert, substitut.)