Cabinet du procureur impérial.

Yvetot, 1er août 1865.

À M. Cressonneau aîné, juge au tribunal de première instance de la Seine, Paris.

Cher Maître,

Je vous ai minuté ce matin la réponse officielle de notre petit parquet à l'espèce de mission rogatoire dont Vos Hautes Puissances parisiennes avaient daigné nous investir, pour l'affaire Fanchette. J'y ajoute quelques lignes moins graves pour me rafraîchir un peu le sang.

Toujours la bienveillance même, notre cher président! Pensez-vous qu'il ait eu vingt ans, à l'époque? Il a la distinction de la momie. Au reçu de votre seconde lettre, qui réclamait un supplément d'enquête, il a dit:

—Voilà un petit Cressonneau qui va bien! mazette! Il veut gagner un galon dans cette instruction-là. Tâchez de lui lever son gibier, Pivert.

Il a regardé ensuite la carte photographique, jointe au dossier et il a ajouté:

—Quelle drôle de petite bonne femme! Ça ne ressemble pourtant ni à Lacenaire, ni à Papavoine. Les temps sont durs, Messieurs! si ces demoiselles se mettent à percer leurs Arthurs comme des écumoires avec leurs ciseaux, le Pays latin ne sera plus tenable. Est-elle assez gentille, au moins, cette perruche!

Il vous dit ces choses-là du ton de Cicéron embêtant Catilina. C'est un original. Nous le verrons sous peu à la cour d'appel.