Êtes-vous content, Lucien? J'ai fait de mon mieux.

S'il n'y a pas d'indiscrétion, je voudrais voir le passage de la lettre de Jeanne où elle vous parle de moi. Je pense qu'elle doit vous parler de moi.

Ce n'est pas par curiosité. J'ai besoin de récompense.

Pièce numéro 60 bis

(Incluse dans la précédente. Écrite et signée par Jeanne Péry. Même date et même adresse.)

Cher Lucien,

Je suis si heureuse qu'il me vient des terreurs. Tout m'effraie. Quand j'ai appris, avant-hier, que vous étiez souffrant et alité, une crainte égoïste m'a saisie. Je me suis dit: Si j'allais rester seule!

C'est que je ne comprends rien à mon bonheur. Il y a des moments où je n'y crois pas, Olympe est pour moi plus qu'une sœur. Il me semble que ma mère elle-même ne m'entourait pas de si exquises tendresses.

J'avais été élevée à penser qu'elle nous méprisait pour notre infortune. Comme c'était injuste! Combien pauvre maman se trompait! Oh! si elle l'avait mieux connue, l'aurait-elle assez aimée!

Lucien, nous serions bien ingrats si nous ne lui donnions pas la première place dans notre cœur.