Mais qu'a-t-elle donc à tant souffrir, le savez-vous? Hier, je l'ai trouvée au jardin. C'était dans un endroit obscur et solitaire. Elle ne pouvait s'attendre à m'y rencontrer. Elle était assise sur un banc, elle avait la tête entre ses mains. Ce que je voyais de son visage me laissait dans le doute et je n'aurais pas pu dire si elle était courroucée ou désespérée.

Au bruit de mes pas, elle a retiré ses mains et j'ai vu qu'elle avait pleuré.

Elle a voulu sourire et me dire que j'étais folle, mais j'en suis bien sûre, Lucien, ses pauvres beaux grands yeux étaient rouges de larmes.

Elle! Olympe! la marquise de Chambray! si belle! si noble! si enviée! pleurer!

Que je voudrais avoir le moyen de guérir sa peine! Savez-vous qui cause son chagrin? Il ne se peut pas qu'elle ait des ennemis.

Nous parlons de vous sans cesse, elle sait qu'aucun autre sujet ne me plaît. Dimanche, elle me disait: «Je l'aime à cause de vous.»

Est ce vrai? Non. Elle veut dire peut-être qu'elle vous aime encore davantage; car elle vous aimait auparavant, puisqu'elle vous connaissait bien avant de me connaître.

Quelquefois aussi, elle amène la conversation sur ma mère. Elle m'écoute parler de ma chère morte.

Je l'aime tous les jours davantage. Je souffre à la voir triste, triste jusqu'au découragement. Et que puis-je pour la consoler, ne connaissant point son mal?

L'idée m'est venue que peut-être elle aime. Mais, en ce cas, serait-il possible qu'elle ne fût point aimée?