Il fut convenu que Jean Rochecotte serait le directeur de la société et ferait les démarches, parce qu'il parlait et écrivait couramment. On se cotisa même pour lui fournir un habillement présentable qui fut acheté seize francs chez un revendeur d'Yvetot.

Avec ce bel habit, Rochecotte devait aller à l'intendance de Rouen et soumissionner n'importe quoi.

Seulement, l'habit payé, M. le directeur était, il est vrai, superbe, mais l'association n'avait plus un denier.

Or il fallait un boursicot, non pas pour payer la marchandise—quand on a la commande, le crédit arrive tout naturellement,—mais pour graisser la patte à quelqu'un et avoir ainsi la commande.

Bien entendu, nous ne plaçons pas ce quelqu'un-là dans les bureaux de l'intendance. Le plus souvent! Ça ne s'est jamais vu!

Ah! par exemple! un voleur dans les bureaux!...

Les quatre associés cauchois se réunirent de nouveau au cabaret de Lillebonne. Il y eut une délibération longue et animée dont le résultat fut qu'il fallait un banquier à l'association.

Où trouver ce banquier? À eux quatre, ils n'auraient certainement pas pu cueillir dans l'arrondissement ce qu'il faut de crédit pour emprunter une pièce de six liards.

Mais il y a un dieu spécial pour les Normands qui ont le goût de la fourniture. C'est connu.

Pendant qu'ils délibéraient, un de ces mendiants qui vont le long des grandes routes du pays de Caux, chantant: La chantais, si vous plaît, pour l'amour di bon Diais, entra dans l'auberge déposa sa besace sur la table et demanda la soupe.