Jean Rochecotte, qui était un grand maigre, maladif et pris de la poitrine, dit au notaire en toussant creux:

—Expliquez-nous ça, la tontine, Me Louaisot.

Le notaire s'appelait Louaisot, et son étude était à Méricourt, auprès de Dieppe.

C'était un petit vieux qui en savait long. Il expliqua la tontine, et il versa de l'eau-de-vie dans les tasses.

Après l'explication de Me Louaisot, chacun comprit très bien que la tontine, c'était l'art de ne pas partager le million et de l'avoir à soi seul. Que dis-je un million! Deux, quatre, huit, seize millions.

Et pour cela, il ne s'agissait que de vivre; or, aujourd'hui, après tant de bouteilles vidées, chacun de nos cinq Normands était bien sûr de durer au moins cent sept ans.

Cependant, on hésitait encore. Se séparer de son argent! quel crève-cœur!

Me Louaisot se garda bien d'insister, mais il montra un bout de gazette qui représentait l'empereur comme fou de colère. On ne parlait de rien moins que de fouiller les fournisseurs!

Vous voyez que ce Me Louaisot n'était pas le premier venu, même en Normandie, où tout le monde a de l'esprit, jusqu'à Gribouille!

Est-ce régulier? moi, je ne suis pas notaire. Ce qui est sûr, c'est que ces messieurs ont toujours du bon papier timbré dans leur poche. L'acte fut libellé sur la table vineuse et daté de Méricourt, pour la due forme.