Puis les cinq ivrognes signèrent avant de glisser sous la table.

Le roman dont j'offre ici aux lecteurs du Pirate le prologue ou l'introduction, et qui commencera demain à cette place même, est l'histoire d'un million placé à intérêts composés pendant quarante-six années, car la tontine fut liquidée le 30 août 1859 par suite du décès de l'ancien mendiant Joseph Huroux, qui était l'avant-dernier vivant.

L'histoire de ce million comporte sa croissance, les dangers qu'il a pu courir, la course au clocher des passions enragées autour de lui, la série des bassesses, des vols, des meurtres dont il a été l'origine.

La cupidité n'est pas comme l'amour qui engendre le Bien et le Mal: notre million, dans sa longue vie, ne conseilla pas une bonne action.

C'est peut-être parce qu'il était le fruit du vol.

Fantaisie est venue au Pirate de se renseigner à cet égard, et nous avons pris des informations sur la biographie des autres millions de notre connaissance.

Les millions sont nos maîtres comme le gouvernement, ils cousinent avec le gouvernement, nous les respectons comme le gouvernement.

Nous ne dirons donc pas qu'ils sont tous plus ou moins le fruit du vol, comme le million qui est le héros de notre drame, mais nous affirmerons qu'après avoir interrogé séparément des douzaines et des douzaines de millions, nous n'en avons pas trouvé un seul qui eût un bel acte—gratuit—à se reprocher.

Pas une tache dans ce livre d'or!

—Ils ne donnent jamais et ils prennent toujours, disait le vieux maître Louaisot. On n'est million qu'à ce prix-là.