Pour aujourd'hui, il ne me reste qu'à effleurer très légèrement un sujet qui sera peut-être l'attrait principal de mon livre: je veux parler de l'Affaire des ciseaux.

Ayant mis mon respect très humble aux pieds de l'autorité, de l'intendance, de l'or et généralement de tout ce que j'ai rencontré de saint sur mon passage, vous pensez bien que je ne vais pas prendre la justice au collet pour lui dire maladroitement ses vérités.

Non, je vénère l'habileté, le savoir, le flair, l'infaillibilité et même les bonnes mœurs de la justice française presque autant que l'héroïsme des millions, mais cela ne peut m'empêcher de dire au lecteur que l'affaire du Point-du-Jour est très peu et très mal connue.

L'éminent et jeune magistrat, chargé de l'instruction préliminaire a paru ignorer, le célèbre avocat général qui a pris la parole aux débats n'a même pas mentionné un fait de l'importance la plus considérable et qui présente sous un nouvel aspect le crime de la malheureuse Fanchette Hulot.

Ce fait est à lui seul un témoignage excellent et une explication complète.

Comme il rattache étroitement la biographie du million à l'Affaire des ciseaux, nous allons le révéler d'avance au lecteur:

Fanchette Hulot, ou plutôt Jeanne Péry, femme Thibaut, était non seulement la maîtresse, mais encore la cousine du comte Albert de Rochecotte.

Le compte Albert était l'héritier légal de ce Jean Rochecotte,—l'ancien facteur rural de Lillebonne,—qui reste le dernier vivant des cinq fournisseurs.

Et à qui appartient par conséquent le montant énorme de la tontine!

En seconde ligne, après le comte Albert venait Jeanne Péry,—à qui la mort de son amant constituait ainsi une colossale fortune en expectative.