Tu nous a déshonorées, c'est vrai, malheureux frère, mais je fais la part de ton peu d'intelligence. J'ai souvent souhaité d'être homme pour te soutenir et te guider dans la vie. Loin de moi la pensée d'écraser ton infortune, je trouve Célestine trop sévère.
Hier au soir, maman voulait te maudire. Cela appartient à la catégorie des opinions surannées. Je préfère, moi, te tendre une main secourable. Si tu m'avais demandé mon avis sur cette fille, je t'aurais dit qu'elle n'avait rien pour elle. Mais il est trop tard. Tu touches au dernier degré de la honte. Moi seule te reste fidèle.
Pièce numéro 75
(Écriture de Lucien, sans signature.)
8 septembre 1865, 6 heures du matin. (Sans suscription.)
Je suis à Paris depuis une heure. J'ai la tête froide et calme. Je me porte très bien. Je combattrai vaillamment, j'en suis sûr, et je la sauverai, je l'espère.
Tout conspire pour l'accuser. Son innocence est pour moi claire comme l'existence même de Dieu.
J'ai été frappé au milieu de mon bonheur. Je n'ai pas ressenti le coup aussi cruellement qu'on pourrait le penser. Je ne croyais pas à ce bonheur.
D'ailleurs, moi, je ne suis rien, elle est tout: je ne songe qu'à elle.
Quand on l'arrêta, je la suivis à la prison. Elle y entra. On ferma la porte sur moi. Je m'assis auprès de la porte, parce que mes jambes étaient faibles sous le poids de mon corps.