Je me rendis à la porte de la prison pour savoir si Jeanne avait bien dormi. Le guichetier me fit un salut de connaissance et me répondit:
—C'est elle qui voudrait bien avoir de vos nouvelles!
Je lui mis une pièce d'argent dans la main et il me promit de dire à Jeanne que je l'aimais toujours bien.
M. le président Ferrand ne se lève guère qu'à neuf heures. J'allai chez moi où je trouvai les lettres de ma mère et de mes sœurs. Je les lus. Je préférai bien la colère de maman au pardon de mes sœurs. Je t'assure qu'elle est très bonne. Mes sœurs ne sont pas méchantes, mais elles ont envie de se marier. Je trouvai M. Ferrand à son bureau. Il était entouré des pièces relatives à l'assassinat de Rochecotte.
—Mon pauvre M. Thibaut, dit-il en m'apercevant, c'est épouvantable. Nous avons tous été trompés indignement.
M. Ferrand a toujours été bon pour moi. Il était l'ami de mon père.
—Le mieux pour vous, ajouta-t-il, serait de faire un voyage. Je me charge de vous obtenir un congé.
Je ne m'étais pas assis. J'étais auprès de son bureau, la tête penchée et mes yeux parcouraient la pièce qu'il était en train de lire. C'était une copie de l'acte d'accusation.
—M. le président, demandai-je, est-ce que vous la croyez coupable?
Il eut un sourire de compassion et garda le silence.