Je pris dans mon portefeuille la lettre d'Albert qu'il m'avait écrite en réponse à mes questions au sujet de Jeanne. Tu te souviens, Geoffroy?

C'est la seule fois que j'aie en un soupçon. J'étais affolé par ces dénonciations anonymes, et j'avais écrit à Albert pour lui demander s'il connaissait ma Jeanne.

Sur ma prière, M. le président eut la bonté de lire la lettre. Quand il l'eut achevée, il me dit:

—Mon Dieu, cher M. Thibaut, je savais bien que vous étiez de bonne foi. Je suis content néanmoins d'avoir eu communication de cette pièce, qui excuse jusqu'à un certain point votre erreur.

Il me rendit la lettre.

Cela me donna un grand coup, car cette lettre était pour moi l'évidence, et, je croyais qu'après l'avoir lue, M. le président changerait d'opinion sur Jeanne.

Je demandai encore.

—Est-ce que vous la croyez coupable?

—Mon cher ami, me répondit-il très affectueusement, cela importe peu puisque je ne suis pas chargé de l'instruction. J'ai ici les pièces parce que M. Cressonneau est arrivé hier au soir. Il repart aujourd'hui.

Je relevai la tête. Ces choses accablantes me donnaient du courage et je sentis que ma voix s'affermissait quand je repris: