Il avait quitté son siège pour s'agenouiller auprès du coffre sur lequel il se penchait.

Je croyais qu'il continuait sa recherche parmi les papiers, mais bientôt, je le vis immobile, puis tout à coup il chancela, et je n'eus que le temps de le prendre dans mes bras pour l'empêcher de s'affaisser sur le plancher.

C'était un fardeau, hélas! bien léger: tout au plus le poids d'une femme.

Quand je l'eus relevé, il resta un instant appuyé contre ma poitrine. Il respirait avec effort. Sa parole était celle d'un agonisant.

J'eus peur. J'avais vu mourir quelqu'un ainsi debout.

Mais, s'il est possible, quelque chose me frappait plus douloureusement encore que cette pâleur menaçante, c'était le vieillissement soudain, extraordinaire, je dirais volontiers magique, qui s'était opéré dans tout son être.

J'ai dû dire que, contre la coutume, les années avaient rajeuni mon malheureux camarade de collège jusqu'à lui donner presque la tournure d'un enfant. Tout en lui, au premier aspect, m'avait paru amoindri, effacé, réduit à ces apparences indécises qu'on retrouve parfois dans l'extrême vieillesse, mais qui sont surtout le propre de l'adolescence, luttant contre le travail de formation.

Maintenant il avait son âge.

Plus que son âge: c'était un homme mûr. La crise d'angoisse qui tendait chaque fibre de son être lui restituait la virilité et la fierté.

Ce n'était pas la force revenue qui le faisait homme, c'était la douleur.