—Jeanne est morte.

À cette sinistre déclaration mon fauteuil recula malgré moi.

—J'avais fait mon devoir, poursuivit Mme la marquise, vous verrez plus tard, si vous ne l'avez pas encore vu, que j'avais contribué à l'évasion... j'avais donné asile à ma cousine, à la femme de mon seul ami dans mon château près de Dieppe.... Pourquoi je n'avais pas prévenu Lucien? Ah! c'est bien vrai! mais demandez-moi aussi pourquoi je ne suis pas depuis un an au fond d'un cloître? Esclave! esclave! j'espérais pourtant donner cette grande joie à celui qu'un peu de joie ferait renaître. Je me disais: Je le prendrai par la main, bientôt.... Bientôt, je le conduirai à celle qu'il aime....

Elle avait des larmes plein la voix. Encore de vraies larmes.

Je l'écoutais, je l'examinais de toute ma faculté de juger. Eh bien! non, je ne la condamnais pas sans appel! Le juré ne doit compte de ses impressions qu'à sa conscience. Je gardais un doute....

Mais il y avait quelque chose de plus étrange encore. La mort de Jeanne qui m'avait d'abord porté un si rude coup, laissait à peine une trace dans ma pensée. Était-ce que je n'y croyais déjà plus?... Mme la marquise me tendit une lettre timbrée de Dieppe en ajoutant:

—Voici l'annonce que je reçois du malheureux événement.

Je pris la lettre et je la parcourus des yeux. Je ne crois pas que Mme la marquise eût conscience du motif de ma froideur.

—Vous chargez-vous de la triste commission, M. de Rœux? me demanda-t-elle quand je lui eus rendu la lettre mortuaire.

Il me sembla que la lettre était d'un médecin ou du curé: un témoignage impossible à suspecter. Mais ce n'était ni le curé ni le médecin que je soupçonnais de mensonge en moi-même.