—Puisque vous le désirez, Madame, répondis-je, je m'en chargerai.
Elle me remercia. Je vis bien que l'entrevue, pour elle, n'avait plus de raison d'être. Mais moi, je n'avais pas fini.
—Madame, lui dis-je, en continuant de parler dans le diapason ému qu'elle avait choisi elle-même, auprès de cette pauvre jeune tombe, me permettrez-vous de vous adresser une question?
—Faites, Monsieur.
—Dans votre pensée, à vous.—avec ou malgré le témoignage apporté par la lettre de Rochecotte—dans votre conscience, Madame, oui ou non, cette malheureuse enfant était-elle coupable?
Mme la marquise ne s'attendait pas à cette question; elle fut quelque temps avant de me répondre. Je la vis, je la sentis encore bien mieux se recueillir. Je ne me suis pas chargé d'expliquer cette âme. Elle se détourna pour cacher une larme qui jaillissait de ses yeux.
—Non! répondit-elle avec force et comme si sa conscience eût fait explosion.
—Non! répétai-je.
Son regard revint à moi. Elle avait déjà l'œil sec.
—M. de Rœux, poursuivit-elle avec une froideur soudaine, s'il m'était permis de parler, ce serait la fin de mon supplice. Ne m'interrogez plus, je ne pourrais pas vous répondre. Personne n'est coupable. Il y a un démon. Un seul démon suffit pour un monceau de crimes.