Elle se leva. Je l'imitai aussitôt.

—Épargnez Lucien, me dit-elle, pendant que je saluais pour prendre congé. Qu'il apprenne cela lentement, peu à peu. Un choc trop brusque pourrait le tuer.

Elle me reconduisit jusqu'à la porte. Ses derniers mots furent ceux-ci:

—M. de Rœux, je voudrais bien être à la place de Jeanne!

Était-ce une comédienne très habile? En regagnant ma voiture, j'avais la tête pleine. Je cherchais en vain à mettre de l'ordre parmi la révolte de mes pensées. Avais-je eu tort ou raison de ne point prononcer les deux noms qui tant de fois étaient venus jusqu'à mes lèvres? Celui du président Ferrand—et surtout M. Louaisot de Méricourt. J'avais souhaité cette entrevue. Je m'étais préparé pour une lutte d'où, selon moi, il était impossible que la lumière ne jaillit pas dans une certaine mesure. Et en effet, tant que le regard triste de Mme la marquise Olympe était resté sur moi, il m'avait semblé que je soulevais un coin du voile. Je croyais comprendre ou du moins deviner.

Une explication voulait naître en moi. J'entrevoyais à tout le moins, pesant sur le cœur de cette femme, une oppression qui me semblait lourde comme la fatalité. Mais dès que je fus seul, rien ne resta, sinon l'image de cette incomparable beauté qui me poursuivait mystérieuse, énigmatique comme le sphinx. Je sautai dans ma voiture et je dis au cocher:

—Belleville, rue des Moulins.

Aussitôt assis, je crus entendre un soupir—ou un éclat de rire étouffé dans l'air qui m'environnait. Pendant mon absence, l'intérieur de la voiture avait pris une odeur de pipe.—De pipe pauvre. Car l'odeur des pipes a des degrés. J'ai dit qu'il pleuvait. Je pensai que mon cocher avait pu chercher un abri dans la voiture. Mon pardessus avait glissé de la banquette parterre, où il formait tas.

Comme j'avançais la main pour le relever il s'agita.

Je crus qu'il y avait un chien dessous.