—N'ayez pas peur, dit une pauvre voix cassée, pendant que la maigre figure de mon protégé du trottoir,—celui à qui j'avais donné une pièce de vingt sous—sortait de dessous le paletot.
Jamais de ma vie je n'ai vu rien de si plat que ce pauvre petit homme. En vérité, sous le pardessus, un chien eût paru davantage.
—Monsieur, ajouta-t-il quand il fut débarrassé, je ne suis pas ici dans de mauvaises intentions.
Je le regardais profondément ahuri. L'idée lui vint que je ne le reconnaissais pas.
—Calvaire! me dit-il d'un ton de professeur bienveillant qui fait la leçon à son élève. Vous avez ma carte. C'est un pseudonyme analogique pour remplacer Martroy. Calvaire, Martroy (place du), à Orléans. Loiret, pour rappeler le supplice de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle, qui est la honte de l'Angleterre!
—Ah! ça, m'écriai-je, qu'est-ce que diable vous me voulez, vous?
Je ne savais, en vérité, si je devais rire ou me fâcher. Ses yeux myopes, montés sur antennes, jaillirent hors de son front et vinrent me regarder avec un certain effroi.
—Je ne veux pas de scandale, reprit-il précipitamment. Je n'ai pas le moyen de le supporter. Ma position est irrégulière et me commande la prudence la plus scrupuleuse.
Il mit sa main au-devant de sa bouche en manière de porte-voix et ajouta:
—Vous n'avez donc pas lu ma carte? Je suis obligé d'emprunter le voile du pseudonyme, Monsieur. Mais je vous en donne la clef: Calvaire-Martroy!