Notre haie du Bois-Biot doit être riante, ce matin. On a sans doute labouré les deux champs. Celui où passe le sentier qui descend à la ferme a de grands pommiers qui doivent perdre leurs feuilles.
—Je parie, m'a dit Jeanne, que les enfants sont sous notre châtaignier à abattre des châtaignes.
—Il faut travailler, Jeanne, ma petite Jeanne. Les jours passent, et mon plaidoyer n'est pas achevé. Elle s'est assise auprès de moi. Elle a mis sa blonde tête à sa place, sur mon cœur.
—Eh bien, travaillons, Lucien, mon mari. Elle sait que ce mot-là me rend heureux.
—L'année dernière, reprit-elle, à cette époque-ci, il faisait froid. Pauvre maman et moi nous nous levâmes de bon matin pour porter du bouillon au vieux Jean Étienne qui avait gagné les fièvres à la battée. Les prés étaient déjà tout blancs... mais travaille donc, Lucien, puisque tu veux travailler!
—À quelle date furent volés tes ciseaux, Jeanne?
—Je ne m'en aperçus peut-être pas tout de suite. Je brodais si peu! Je passais mes jours auprès du lit de pauvre maman; elle voulait toujours mes mains dans les siennes. Il me semble bien que ce fut le jour où le Dr Schontz t'écrivit de venir.
—L'avant veille de?...
—Oui. Oh! tu peux bien dire de la mort. Maman ne m'a pas quittée. Elle vient toutes les nuits.... Ce jour-là, je voulus prendre mes ciseaux pour arranger une de ses camisoles de malade. Je ne les trouvai plus.
—Qui vous servait alors?