Et comme Fanchette était troublée, en sortant le flacon de sa poche, elle a laissé tomber deux objets:

Un paquet de cartes photographiées représentant Mlle Jeanne Péry.

Un mouchoir taché de rouge aux initiales de Mlle Jeanne Péry.

Est-ce tout? Non. Et déjà, cependant, ne peut-on pas dire que le flagrant délit existe?

Mais il y a autre chose; je n'ai pas parlé de l'arme qui a servi pour commettre le crime.

Fanchette est de famille noble. Ses ancêtres avaient émigré en Angleterre à l'époque de notre glorieuse révolution. De l'émigration, son aïeule avait rapporté une boîte à ouvrage ou nécessaire, de fabrication anglaise et remarquable en ceci que toutes les pièces en étaient burinées au même signe. Ai-je dit Fanchette? C'est Mlle Jeanne Péry qu'il fallait dire.

Fanchette, en effet, et voilà l'étonnant, a accompli son œuvre effroyable, un meurtre ayant nécessité plus de vingt blessures, avec les ciseaux de Mlle Jeanne Péry comme elle lui avait déjà emprunté son mouchoir et ses photographies!

Et quand la justice, égarée par ce nom de Fanchette, est arrivée enfin chez Mlle Jeanne Péry, qui venait, par un déplorable hasard, de changer son nom contre un autre jusqu'alors universellement estimé, la justice a trouvé chez elle Mlle Jeanne Péry, la propriétaire du mouchoir de Fanchette, l'original du portrait de Fanchette et la boîte à ouvrage de fabrique anglaise où manquaient les ciseaux, arme révoltante, qui a servi au meurtre accompli par Fanchette!

Pièce numéro 98

(Écriture de Lucien.)