J'ai passé une terrible nuit. J'ai vu la cour d'assises en rêve. Tous ceux qui viennent là se chauffer ou se divertir étaient à leur poste. Sous le crucifix, les robes rouges siégeaient. Les jurés regardaient avec un étonnement plein d'horreur une enfant—Jeanne me paraissait toute petite—qui essayait de se cacher au banc des accusés.
Moi, j'avais aussi ma robe. Et je faisais des efforts sans nom pour porter haut ma tête qui me pesait comme un fardeau de plomb.
C'était vaste, cette salle, c'était immense, cette foule.
Les juges écarlates me semblaient d'une taille surhumaine.
Tout était grand, presque colossal,—excepté Jeanne, pauvre petite chérie, qui rapetissait devant ces ennemis géants!
On s'agitait sans accomplir aucun des actes réglementaires qui constituent une séance, mais la séance allait tout de même. J'entendais autour de moi un murmure d'une profondeur inouïe qui m'enveloppait de ces mots:
—Les ciseaux, les ciseaux, les ciseaux!
Et de temps en temps une voix éclatait, criant:
—Elle a tué son amant!
Il y avait des rires qui grinçaient: