Jamais je n'entendrai plus ce silence effrayant. Tous les bruits étaient morts. On m'écoutait. Je parlais. L'attention de cette foule muette m'écrasait comme le poids d'un monde. Je parlais, mais comment dire cela? ma parole était muette aussi.

Toutes les facultés de mon être, mon cœur et mon âme s'élançaient impérieusement hors de moi, mais ne franchissaient pas le seuil de mes lèvres. Les pensées, les mots, l'éloquence, la colère, la passion jaillissaient pour retomber inertes et insonores. Mes efforts se débattaient en vain contre cette impuissance. Le cauchemar, cette hideuse caricature du désespoir, m'enchaînait dans ses morts embrassements....

La foule ondula comme une mer. Les murailles de la salle chancelèrent, et un cri grave s'éleva:

—Condamné! condamnée! condamnée!...

Pièce numéro 99

(Anonyme. Même écriture que celle du n°94.)

Paris, lundi, 2 octobre 1865.

À M. L. Thibaut, avocat.

La personne qui a écrit à M. L. Th..., vendredi dernier, l'a attendu toute la soirée d'hier, dimanche, au rendez-vous de l'église Notre-Dame-des-Victoires. Elle l'a vu s'approcher, mais M. L. Th... a eu défiance sans doute.

La personne n'a pas dit toute la vérité dans sa première lettre. Elle ne croyait pas avoir besoin d'insister.