(Écriture de Lucien.)
Mardi, 5 heures du soir.
Je reviens de la consultation du Dr Schontz.
Ce n'est pas Olympe. Cette frayeur restait en moi, mais je suis absolument certain que ce n'est pas Olympe. Elle est beaucoup moins grande qu'Olympe. Elle serait plutôt de la taille de Jeanne elle-même. Tu ne l'as donc pas vue? me demanderas-tu. Non, je ne l'ai pas vue. Alors, rien n'est fait?
Je ne sais que répondre. J'ai confiance un peu. Je crois que cela se fera. À tout le moins, cela se tentera. Le Dr Schontz est pour l'évasion.
Il ressemble à la lettre qu'il m'écrivit voici quelques mois, celui-là. Je ne l'aurais pas reconnu. Le travail l'a vieilli. C'est un vrai médecin qui a usé son corps, mais gardé la jeunesse de son cœur. Quand je suis entré, il était là, en compagnie de la quêteuse voilée.
Elle portait le même costume de deuil que la veille, et le même voile épais qui ne laisse pour ainsi dire rien voir de ses traits.
De prés, elle m'a paru très jeune: l'âge de Jeanne. Et je ne sais pourquoi ce visage invisible était, dans ma pensée, ressemblant au visage de Jeanne. La voix est bien différente pourtant. Jeanne gazouille comme un cher petit oiseau. Celle-ci parle d'un accent décidé et presque viril. Je me suis assis après avoir salué l'inconnue et serré la main du Dr Schontz. Celui-ci a parlé le premier.
—J'étais l'ami de Mme Péry de Marannes, a-t-il dit. Non seulement je crois à l'innocence de sa fille, mais j'en suis certain.
Ma main, qui venait de quitter la sienne, s'est avancée de nouveau. Il l'a serrée.