Elle m'a tendu à son tour sa main gantée de noir.

—J'aime à vous entendre l'appeler ainsi, Monsieur, a-t-elle dit, et il y avait de l'émotion dans sa voix. Vous êtes un digne cœur!

Elle a repris après un instant:

—Mon motif, c'est mon devoir. Je voudrais vous parler autrement que par énigmes: j'aime Jeanne, mais je ne la connais pas. Je lui ai fait du mal sans le vouloir et même sans le savoir. Je donnerais une part de mon sang pour guérir le mal que je lui ai fait. J'ai pourtant des raisons plus compréhensibles. Vous êtes ici, vous, pour votre femme, le docteur pour Mme Péry, son amie; mettez que, moi, je représente feu M. le baron Péry de Marannes, ce sera vrai dans toute la force du terme. Mais, je le répète: ce qui me fait agir, c'est surtout mon devoir: un devoir impérieux, un devoir sacré!

Sa voix restait grave, mais l'émotion la faisait profondément vibrer. Le Dr Schontz dit:

—Tout cela est l'expression exacte de la vérité, je l'affirme.

Geoffroy, j'avais confiance. D'ailleurs, que risquais-je à entamer les préliminaires? On allait sans doute me soumettre un plan, me détailler les voies et moyens qu'on devait employer pour arriver à un résultat que la première vue montrait presque impossible. Il y avait en moi plus que de la curiosité. Je cédai à ce mouvement et je dis:

—Mettons que nous sommes d'accord. J'admets aussi, je suppose que j'admette la nécessité d'une évasion. Quel genre de concours vient-on m'offrir?

—M. Thibaut, me répondit la jeune femme, je vous offre plus que mon concours. Vous n'aurez à vous mêler de rien; je me charge de tout.

Mon visage dut exprimer de la surprise, car la jeune femme reprit vivement: