Dimanche, 2 h, de l'après-midi.
Je n'ai rien dit à Jeanne. Ce serait pour la rendre folle. Elle vit de fièvre.
En quittant Jeanne, je suis monté au palais. Je voulais voir si le greffe était ouvert, ayant une pièce à y prendre. J'ai passé devant le cabinet de M. le conseiller Ferrand qui doit présider les assises. Au moment où je tournais l'angle du corridor, la porte du cabinet s'est ouverte. Une femme en est sortie. J'ai regardé de tous mes yeux, car je pensais à Olympe. Mais ce n'était pas Olympe.
Je ne voyais pas le visage de la femme qui portait un voile-masque de dentelle noire, et qui, d'ailleurs, me tournait le dos, en se dirigeant rapidement vers l'escalier de sortie. Je n'ai jamais vu le visage de la quêteuse: c'est pour cela que je la reconnais plus aisément sous le voile. C'était elle, j'en suis certain. Le son sec de son talon sur les dalles m'a frappé comme une voix qu'on reconnaît. Et je n'ai pas été surpris de la rencontrer au palais. C'est quelque chose comme cela que je m'étais figuré. Je pars pour ma faction. Vais-je encore attendre en vain? Quelque chose me dit que c'est aujourd'hui le grand jour.
Pièce numéro 110
(Extrait de la Gazette des Tribunaux—imprimé.)
Lundi, 3 octobre 1865.
Au moment de mettre sous presse, on nous annonce une nouvelle que nous accueillons sous toute réserve.
L'accusée Jeanne Péry, femme Thibaut (affaire de l'assassinat du Point-du-Jour), se serait évadée de la prison de la Conciergerie. Le fait nous est affirmé par une personne digne de foi, mais le temps nous manque pour contrôler son dire.
(Même numéro. Coupé dans les faits divers.)