Pendant ces trois mois, je me suis éveillé rarement, et chaque fois pour un instant bien court. Mon état ordinaire était celui que M. le Dr Chapart désigne sous le nom de métapsychie.
Le mot n'est pas mal choisi. En cet état, je ne suis pas moi, je suis à côté de moi.
Je ne puis l'expliquer par moi-même puisque mon retour ne garde aucun souvenir de mon absence, mais ceux qui m'entourent me renseignent et j'ai un moyen de contrôler leurs informations.
Dans mon état d'absence, j'écris une considérable quantité de lettres, où je parle toujours de moi—tu sais déjà cela—à la troisième personne.
Je sais donc que, pour moi, je ne suis pas moi. Qui suis-je? Rien dans mes lettres ne me l'indique, et il paraît que dans les paroles assez rares que j'échange avec les gens de la maison, rien non plus ne peut le faire deviner.
Les premières fois, je me refusais à reconnaître mon écriture, tant elle est changée en ces moments où la crise physique accompagne sans doute l'aliénation morale. Il a fallu les assertions de ceux qui m'entourent.
—C'est vous qui avez écrit cela, me disent-ils.
Et une fois, le garçon de chambre m'a demandé:
—Où donc le prenez-vous ce M. Geoffroy, à qui vous écrivez? Dans la lune?
Car c'est là une chose qui me frappe fortement. Tu es chez moi le lien entre la réalité et le rêve. Dans l'un et l'autre de ces états tu ne m'abandonnes jamais.