Je me déchirerais la poitrine avec mes ongles! À quoi bon? C'est moi qui ai écrit cela! Mais elle se meurt, peut-être!

Je suis dans mon lit. J'ai soif, je brûle. Je la vois si pâle! Où s'est envolé son sourire? Il y a de grosses larmes qui roulent lentement le long de ses joues. Je les vois.... De mon lit je vois Paris par ma fenêtre. Elle est là. Où? Il y a des moments où mon œil se dirige comme si une voix l'appelait. C'est qu'elle m'appelle, va, Geoffroy!

Vais-je mourir sans combattre! Ma force! Ma jeunesse! Moi, je ne me sers pas d'armes. Que Dieu me montre l'ennemi de Jeanne, j'irai à lui, fût-il Satan, et je l'étranglerai!

Pièce numéro 130

(Écriture de Lucien, mais pénible et altérée.)

17 mai.

Ces deux semaines ont été comme un rêve douloureux.

Ma mère est venue hier, toute seule. Elle a pleuré en me voyant. Je dois être bien changé. Elle m'a demandé si je répugnerais à voir un prêtre. J'ai écrit à Jeanne, comme je t'écris à toi, pour laisser mon cœur parler. Si nous devions nous retrouver dans l'autre vie....

Voilà maintenant dix-neuf jours que je ne me suis levé. Mes yeux faiblissent; je ne vois plus bien Paris.

Quand ma mère est partie, elle a parlé au docteur dans l'antichambre. J'ai entendu qu'il lui disait: «Ça peut durer un mois, deux mois, mais ça peut finir brusquement.» Il me semble que Jeanne est morte. J'ai hâte de mourir aussi.