—Stéphanie ne va pas oser m'embrasser!

Je me plaçai à distance pour le dernier coup d'œil:

—Martroy, prononçai-je avec solennité, si vous marchez posément, les pieds en dehors et que vous ne ramassiez pas de bouts de cigare, je réponds de votre traversée!

Il prit ma main et la porta rapidement à ses lèvres.

—Puisque vous le dites, je le crois, répliqua-t-il. En tous cas, ils ne me feront rien aujourd'hui. Pas si bêtes! Ils me suivront, et, en passant, ils remarqueront le bon endroit....

Le bon endroit, c'est là-bas, à deux cents pas du village de l'Avenir... il y a un terrain qui s'appelle la Carrière....

Si vous voyez dans les journaux, demain ou après, qu'on a fait un mauvais coup par là, n'oubliez pas Stéphanie. Je lui donnai une bonne poignée de main. J'étais entièrement rassuré. J'affirme que je l'aurais croisé dix fois dans la rue sans le reconnaître.

Dès qu'il fut parti, je fermai ma porte à clé. J'étais vraiment curieux de parcourir son manuscrit. Je dénouai la faveur rose qui manquait peut-être au dernier bonnet de la pauvre Stéphanie et j'ouvris le premier cahier qui portait pour titre:

Œuvres de J.-B.-M. Calvaire
romancier sans imagination

Il y avait d'abord un préambule en forme d'avis au lecteur pour établir que les drames réels sont généralement bien supérieurs à ceux que les auteurs prennent la peine d'inventer.