Le fils Jacques, héritier unique de M. Louaisot, était en ce temps-là au collège. C'était un grand et beau garçon d'une quinzaine d'années, très luron, très gai, très gourmand, très voleur, et que les clercs regardaient comme un demi-dieu.

Le bonhomme l'adorait. Je l'ai vu lui donner dix sous pour son dimanche!

Il lui donnait, mieux encore que cela: il le comblait de leçons dont le fils Jacques a bien profité depuis.

Je ne comprenais pas beaucoup ces leçons où l'on parlait d'honnêteté; mais, petit à petit, j'en vins à regarder l'honnêteté comme l'art d'être filou sans qu'il en résultat aucun désagrément.

Il y avait un nom qui revenait presque aussi souvent que le mot honnêteté dans les leçons du bonhomme: la Tontine.

Quand le fils Jacques eut fini ses humanités, vers ses dix-huit ou dix-neuf ans, il vint passer ses vacances à Méricourt, avant de partir pour l'école de droit, car il fallait qu'il fût reçu capax pour prendre l'étude de son père.

On causa de la Tontine depuis le matin jusqu'au soir.

Qui donc était cette Tontine dont les fonds étaient déposés chez M. Louaisot? Cela m'intriguait au plus haut point. Vingt fois, j'avais entendu le bonhomme dire au fils Jacques:

—Il faut que la Tontine fasse ta fortune.

Je pensais que ce devait être une vieille rentière, facile à paumer.