Le fils Jacques chantait très bien. Mme Barnod aimait à dire des morceaux d'opéra devant le baron de Marannes, qui l'écoutait religieusement en faisant des mines à la femme de chambre. Le fils Jacques s'insinua surtout en proposant ses services pour le duo de Guillaume Tell. Les choses suisses avaient une plus-value dans le salon Barnod.

Jacques fut en outre chargé d'apprendre le solfège à la petite Olympe, qui attrapait ses douze ans et qui était jolie comme les amours.

Je ne saurais pas trop dire comment elle était avec le fils Jacques. Des fois—c'était beaucoup plus tard, il est vrai,—j'ai cru qu'elle l'adorait. D'autres fois, il m'a semblé qu'elle le détestait comme la colique.

Elle avait, en ce temps-là, un petit ami de son âge, un vrai séraphin, qui s'appelait Lucien Thibaut. Je crois bien qu'ils s'aimaient comme deux enfants qu'ils étaient, si toutefois Mlle Olympe Barnod a jamais été un enfant.

Ce Lucien Thibaut est tombé par la suite des temps dans un trou de malheur qui semble sans fond. J'ai essayé de lui porter secours, moyennant rétribution, bien entendu, mais il ne me connaissait pas, il n'a pas voulu de mes services.

Il a eu grand tort.

Pour le moment, il ne s'agit pas de lui, ce que je veux raconter, c'est le mariage de ce polisson de baron, et je me souviens bien maintenant que le pauvre bonhomme Barnod n'était pas mort, car on se moquait assez de lui.

Le baron Péry de Marannes avait beau écouter chanter Mme Barnod, tout en faisant des signes à sa domestique, cela ne l'empêchait pas de courir encore ailleurs. C'était un séducteur n°1. Il m'a fait peur une fois au sujet de Stéphanie.

Pauvre ange, elle était bien au-dessus de cela!

Voilà donc que tout d'un coup Mme Barnod abandonna le duo de Guillaume Tell pour jaunir et maigrir que ça faisait peine à voir. Je rencontrais le fils Jacques qui riait sous cape, car il a toujours aimé plaies et bosses, et un jour, de ma soupente je l'entendis, qui disait à Louaisot l'ancien: