Rien ne gênait jamais le baron Péry qui avait le plus heureux des caractères.
Il était à son aise comme s'il se fût appelé M. Barnod ou que Mme Barnod eût été la baronne Péry.
Il y eut pourtant un moment où il baissa la voix presque aussi bas que sa compagne. Mme Barnod parlait de l'avenir de cette pauvre petite créature, placée entre deux familles, mais qui n'aurait point de famille. Tout à coup, j'entendis le baron qui murmurait d'une voix religieusement émue:
—Cinquante mille francs! Ah! c'est joli!
Je crus d'abord qu'il promettait, comme on dit chez nous, une indépendance de cinquante mille francs à la petite, et je pensais en moi-même: Mon gaillard, voilà deux mille cinq cents livres de rentes qui ne te coûteront pas cher à payer. Mais je me trompais. L'indépendance était constituée par Mme Barnod elle-même. Comment elle avait pu se procurer pareille somme, cela ne me regarde pas. Elle l'avait, la somme, sur elle, dans un portefeuille, et c'est pour cela que la voix de l'excellent baron avait tremblé de tendresse. Rien ne put l'empêcher de se jeter au cou de Mme Barnod. Il l'aurait embrassée devant la terre entière tant il trouvait son procédé délicat. La pauvre femme se tuait à dire:
—Cet argent-là m'appartient en propre. Ce n'est pas une fortune, mais en le plaçant dès aujourd'hui chez un notaire, notre petite Fanchette aura une aisance à sa majorité.
—Parbleu! répondait le baron. Si elle se plaignait, elle serait bien difficile! Vous êtes la plus généreuse des mères. Ce qui me vexe, c'est de n'en pas pouvoir faire autant.
Le portefeuille passa dans sa poche.
Il fut convenu entre Mme Barnod et lui que la somme serait placée dès le lendemain. Pendant toute la route, le baron se prêta avec une charmante obligeance à la fantaisie qu'avait Mme Barnod de bâtir des châteaux en Espagne pour la petite Fanchette. Ce cher baron ne demandait jamais mieux que de faire plaisir aux dames.
Figurez-vous que le lendemain je guettai à l'étude pour voir arriver le dépôt. Ça m'intéressait. J'étais un peu de l'affaire.