Il fut dix ou onze mois à manger la dot de Fanchette. Quand il revint, la jeune baronne avait mis au monde une jolie petite fille que le baron dévora de baisers.

Il était comme cela, le cœur sur la main.

Quand Mme Barnod voulut lui faire des reproches, il pleura à chaudes larmes, et je crois qu'elle lui donna dix louis pour qu'il eût du moins de l'argent de poche.

Il promit du reste, sur son honneur, de faire six cents francs de pension viagère à Fanchette—qu'il allait voir avec Mme Barnod et à qui il ne gardait pas la moindre rancune.

Pendant les années qui suivirent, il venait comme cela de temps en temps voir la petite baronne qu'il aimait beaucoup et Mme Barnod à qui il témoignait son estime en acceptant d'elle quelques cadeaux. Il embrassait Fanchette et Jeanne du même cœur innocent et ouvert aux joies de la nature.

Je ne sais ce qu'il avait conté à sa petite femme, mais c'était généralement celle-ci qui venait porter à l'étude les deux semestres de 300 francs constituant la pension de Fanchette.

Je me souviens de Jeanne Péry, en ce temps-là comme d'un petit chérubin de trois ou quatre ans. Elle était gentille à croquer. Mme Barnod la suivait partout à la promenade pour l'embrasser.

Le fait est qu'on aurait dit Fanchette, habillée en petite demoiselle.

Fanchette était toujours chez maman Hulot sa nourrice, et portait des habits de paysanne.

Aux environ de 1850, la petite baronne et Jeanne quittèrent le pays. Le bruit courut que le cher baron les avait saignées à blanc et qu'elles avaient gagné du côté de Rouen pour cacher la grande gêne où elles étaient.