Chez nous, les choses avaient bien changé, non pas pour moi: je ne sais pas quelle révolution il aurait fallu pour qu'on me donnât mon content de soupe, mais pour les maîtres.

Louaisot l'ancien baissait, le fils Jacques haussait.

La bonne femme tenait son ancien niveau, juste, qui l'avait mise autrefois au-dessous de l'ancien, au-dessus du fils Jacques, et qui la mettait maintenant au-dessous du fils Jacques, au-dessus de l'ancien.

Cela ne s'était pas produit sans de terribles batailles intérieures. Le vieux était titulaire, en définitive et tenait ferme à son autorité. Je crus un instant qu'il allait gagner la partie.

Mais voyez ce qui se passe quand un roi tombe ou qu'une république s'en va. C'est toujours de l'intérieur de la boutique que part le mauvais coup. Et qui nous trahirait si ce n'étaient les nôtres? Quand la bonne femme vit que l'ancien dégringolait et que le fils Jacques montait elle se mit à taper sur l'ancien pour le compte du fils Jacques.

Le vieux se débattit puis resta tranquille. On se comporta du reste décemment avec lui. La bonne femme lui ravaudait toujours ses bonnets de coton et il restait le maître à la condition de faire tout ce que le fils Jacques voulait.

La dernière fois que l'ancien se mit en colère pour tout de bon, ce fut un soir ou le fils Jacques apporta une robe de soie à la bonne femme.

La bonne femme en robe de soie! Le fait est que ça me parut une drôle d'idée. Du premier coup le vieux parla de les jeter tous deux à la porte.

Le fils Jacques dit à sa mère de s'en aller, et resta seul avec son père.

—Papa, demanda-t-il tranquillement, qu'est-ce que vous fîtes jadis quand feu mon grand-père tomba en enfance?