Toutes les convenances étaient du reste gardées admirablement. La bonne femme ne bougeait pas de la maison et c'était un va et vient perpétuel des familles du voisinage qui avaient décidément adopté le salon Louaisot comme centre de la bonne compagnie du canton.
Olympe était triste de la mort de sa mère, mais ce n'était pas une de ces tristesses qui fuient le bruit. Elle aimait le monde. Il est vrai que le monde l'adorait.
Ce noble ermite du château voisin, le sauvage marquis de Chambray s'était attiré hors de son trou petit à petit. Il était venu d'abord sous prétexte d'affaires, car tous ses dossiers de famille étaient à l'étude. Maintenant il ne se passait pas de semaine sans qu'il arrivât au salon avec un gros bouquet cueilli dans sa serre magnifique.
La première apparition du marquis fit à Louaisot l'effet joyeux que produit sur l'araignée la mouche imprudente effleurant de sa patte un fil de la toile tendue, précisément à son intention.
Certes, la mort de Jean Pierre Martin ne l'avait pas frappé si agréablement.
Les rouages s'engrenaient. On allait voir le premier tour de manivelle.
Souvenez-vous que j'avais entendu le plan explicatif de la machine. Je possédais la clé, je pouvais juger.
Olympe n'entretenait de correspondance avec personne, sinon avec un jeune garçon, ami de son enfance et dont j'ai dû parler déjà: M. Lucien Thibaut qui faisait alors ses études à Paris. La veille de Noël de cette année 1852, elle avait reçu une lettre de ce Lucien, et elle était tout heureuse.
Entre eux, je ne saurais pas dire si c'était de l'amour, mais Olympe l'a aimé plus tard avec passion. Elle l'aime encore.
Dans la maison Louaisot, depuis son arrivée, elle était traitée comme une petite reine. Personne ne lui demandait compte de ses actions et tout le monde s'attachait à lui plaire. Elle était gardée mieux qu'un trésor: la bonne femme couchait d'un côté d'elle et Louette de l'autre.