Ce soir là, Mme veuve Louaisot fit la partie d'aller à la messe de minuit. Louette demanda la permission de l'accompagner. Elles partirent vers onze heures parce que l'église était loin. On mit pour gardienne, à la place de Louette, une jeune paysanne des environs d'Yvetot qui était depuis peu au service des Louaisot et qui s'appelait Pélagie.

Olympe était heureuse d'être seule, parce qu'elle voulait répondre à Lucien. Vers minuit, au moment où elle appartenait tout entière au plaisir de sa correspondance, elle entendit le parquet de sa chambre craquer.

Elle leva les yeux avec un sentiment de frayeur irréfléchie et vit un homme debout devant elle.

Elle appela Louette, sans songer que Louette était absente.

Un ronflement sonore lui répondit de la chambre voisine où Pélagie dormait à triple carillon.

Du reste, Olympe ne renouvela point son cri, car elle avait reconnu M. Louaisot son tuteur.

Si elle ne l'avait pas reconnu tout de suite, c'est que le beau notaire était, en vérité, ce soir, différent de lui-même. Un gros paletot de campagne l'alourdissait et l'épaississait. Au lieu du galant jeune homme qui l'entourait, tant que durait le jour, de courtoisie et de respects affectueux, elle voyait ici quelque chose comme un surveillant fâcheux: un vrai tuteur de comédie.

—Ma chère demoiselle, dit Louaisot d'un ton qu'elle trouva sévère, je suis rentré tard. On m'a dit que vous receviez des lettres d'un jeune homme.... Olympe se mit à trembler. Peut-être était-ce de colère, car c'était une impérieuse enfant.

M. Louaisot se rapprocha comme s'il eût voulu saisir la lettre qu'elle écrivait. Elle la retira avec indignation.

Louaisot se mit à sourire. Je ne sais comment le lourd paletot écarta ses revers laissant voir un élégant costume de ville.