Quand M. Louaisot eût choisi entre tous et pour cause cet imbécile de Pouleux, il exécuta loyalement son engagement. Il laissa la bonne femme à Méricourt, gardienne de l'enfant qui ne mit jamais les pieds au château de Chambray, mais que sa mère, désormais, pouvait voir autant qu'elle le voulait.

M. Louaisot, lui, partit pour Paris, après avoir résigné ses fonctions de maire et de conseiller général.

Il n'emmena que moi et Pélagie.

De nature, c'était un assez bon vivant qui s'amusait de peu. Il se mit d'abord tout uniment à vivre de ses rentes, et les fredaines qu'il faisait ne le ruinaient pas.

Mais son activité le mordit bientôt. Il fonda son bureau de renseignements où j'ai été commis principal et dont je n'ai rien à dire. L'argent qu'on gagne là-dedans n'entre jamais que par les portes de derrière.

C'est du patron lui-même que je veux parler.

J'ai ouï dire que certaines gens se balafraient à coups de bistouri ou se brûlaient le visage avec de l'acide prussique pour changer leur physionomie. Ça ne m'irait pas du tout.

Et ce n'est pas nécessaire.

On avait promis à Louaisot qu'on le tuerait comme un loup partout où on le rencontrerait. Il se doutait bien que la nouvelle marquise ne diminuerait pas par ses caresses la rancune de son mari. En conséquence, Louaisot avait besoin de changer de peau, surtout pour le cas où il voudrait pousser une pointe du côté de Méricourt.

Ce fut pour lui la chose du monde la plus simple. Il ne se fit pas le moindre bobo, n'arbora aucun emplâtre et garda tout jusqu'à son nom.